RDC : la corruption a atteint son apogée (coordonateur RDC de UNIS, un mouvement panafricain de lutte contre la corruption )

Publié dim 08/12/2019 - 00:37
7SUR7.CD

À 48 heures de la célébration de la journée internationale de lutte contre la corruption célébrée le 9 décembre, Jimmy Kande s'est confié à 7SUR7.CD. 

Le coordonnateur RDC de UNIS  Mouvement Blanc,  un mouvement panafricain de lutte contre la corruption, considère que la corruption est un fléau en RDC. UNIS, l'ASBL qu'il pilote est une initiative du lanceur d'alerte Jean Jacques Lumumba.

7SUR7.CD : Pourquoi militez-vous contre la corruption. Est-ce que vous avez déjà été affecté personnellement par la corruption.

Jimmy Kande : Il n'y a aucun africain aujourd'hui qui peut prétendre être à l'abri de la corruption. Si d'un côté certaines personnes vivent les effets de la corruption de manière directe,  il y en a de l'autre côté qui la vivent de façon indirecte. Aujourd'hui, un enfant qui vient de naître en ce moment même , ne peut être pas avoir accès à certains soins indispensables parce que simplement,  des personnes qui devaient mettre de l'argent dans les caisses de l'État ne l'ont pas fait d'où le manque de fond à réaffecter réaffecter pour sa situation. Nous voilà avec un nouveau né déjà est affecté par la corruption à sa première heure de vie ! Aucune personne aujourd'hui en Afrique et plus particulièrement en RDC ne peut prétendre ne pas être affecté par la corruption si ce n'est ceux-là qui bénéficient de la corruption.

7SUR7.CD : Quelle est votre perception du niveau de corruption en RDC ? Est elle faiblement ou modérément corrompue ? 

Pour répondre à cette question, je vais vous raconter une anecdote qui n'est peut-être pas une belle histoire pour notre pays. J'avais une amie qui travaillait pour l'Union Européenne dans le domaine de lutte contre la corruption qui me faisait lire l'introduction d'un de ses rapports qui disait: "parler de la corruption en RDC relève d'une tautologie. Alors, vous allez vite comprendre qu'on est à un niveau où la corruption a atteint son apogée dans le pays. Généralement, on dit lorsqu'on atteint son apogée on est normalement censé avoir le déclin. Mais on se rend compte que l'apogée de la corruption en RDC ne fait que durer. Le dernier rapport de Transparency International, nous classe 161ème. Donc, vous comprenez que la corruption est une vraie réalité dans notre pays. 

7SUR7.CD:  Quelles sont les formes les plus visibles, les plus subtiles de cette corruption ? 

Nous avons plusieurs formes de corruption et cela pratiquement à tous les niveaux et à tous les secteurs de l'économie en RDC. Nous avons des entreprises qui, aujourd'hui, ne veulent pas payer l'impôt et qui commencent par corrompre certains agents de l'État pour essayer de soustraire ce qui est censé être dans les caisses de l'État. On se rend compte qu'il y a des individus qui prennent de l'argent et on assiste un peu à ce qu'on appelle de l'évasion fiscale. Nous avons aujourdhui des commis de l'État qui sont dans les différents postes frontaliers, qui sont censés percevoir certains taxes. Il y a des entreprises qui bénéficient de certaines exonérations alors qu'elles ne devraient pas bénéficier de ces genres d'exonérations à tel enseigne qu'elles peuvent être compétitives sur le marché mais elles ne payent pas des taxes alors qu'elles devaient payer les taxes. Nous avons la corruption sur la route. Chaque jour, nous voyons des gens censés donner de l'argent à des roulages alors qu'ils sont en infraction. Rien qu'à voir le nombre  de taxis bus sans phares qui roulent sur le boulevard, vous comprenez que quelque part, il y a une loi qui n'est pas appliquée. Dans les universités nous avons des professeurs qui demandent de l'argent aux étudiants afin de pouvoir leur faire passer des classes ou avoir la réussite dans les examens. La corruption, on en a partout.

7SUR7.CD: la corruption est-elle devenue une valeur partagée ? Pourquoi la société la tolère, et ne s'en offusque pas ? 

La société à un certain moment la tolère parce qu'il y a de ceux-là qui ne comprennent peut-être pas quelles sont les conséquences néfastes de la corruption. La situation sociale dans laquelle vivent plusieurs de nos compatriotes pour  ne pas dire la majorité des congolais fait en sorte qu'à un certain moment, la corruption peut être un moyen pour échapper à un certain nombre des choses, c'est-à-dire, c'est accepter par une certaine classe, parce qu'aujourd'hui si nous avons la corruption, il faut reconnaître qu'il y a eu quelque part l'élite gouvernementale qui n'a pas fait son travail. Ce qui fait qu'à un certain moment le petit peuple cherche des voies et moyens pour essayer de survivre visant une fin à atteindre à tout prix, pourvu d'en justifier par la suite les moyen. Nous ne l'acceptons pas et nous ne devons pas l'accepter. 

7SUR7.CD : Comment ramener la corruption dans des proportions acceptables parce qu'il n'y a aucune société où la corruption est au niveau zéro ? 

Dans notre lutte, on ne pourra pas avoir la prétention de pouvoir éradiquer cette gangrène parce qu'il faut comprendre qu'il n'y a aucun pays dans le monde où le taux de corruption est à zéro. Il y a des proportions faibles dans certains pays et d'autres, il y a des proportions très élevées. Notre loi fondamentale est frontalement contre la corruption. Il doit donc y avoir une synergie qui doit être créée, parce qu'aujourd'hui, les mouvements ou les associations ne peuvent pas mettre fin sans pour autant trouver en reponse le concours du gouvernement. Que nous tous aujourd'hui qui savons et connaissons les conséquences de la corruption qui renforce les inégalités sociales partout en Afrique, que nous puissions nous mettre d'accord de pouvoir y mettre fin. Que les agents de l'État qui travaillent dans de bonnes conditions et que le gouvernement puisse prêcher par l'exemple parce que nous pensons aujourd'hui que la loi doit être appliquée, que la justice soit être appliquée. Nous avons au Congo de fois de très bonnes lois mais qui ne sont pas appliquées. UNIS, on veut quand même faire la différence, nous ne voulons simplement pas dénoncer la corruption mais nous voulons aussi faire des propositions qui sont concrètes dans différents secteurs. Sensibiliser la population sur les effets néfastes de la corruption afin que chacun de nous puisse mettre la main dans la patte. Mais cette action ne pourra avoir des résultats palpables, conséquents avec un changement visible sur le terrain que si le gouvernement s'y met. Nous avons une belle opportunité cette fois-ci parce que le président de la République a, du moins, parce qu'il a dit de sa propre bouche, qu'il veut faire de la lutte corruption son cheval de bataille. Jusque-là c'est encore des discours qu'on entend, mais on veut voir des actions concrètes. Il y a encore plusieurs dossiers qui sont en justice pour lesquels les procédures prennent beaucoup de temps.

7SUR7.CD : Comment pousser les politiques à honorer leurs promesses ? 

Le nouveau président de la République a fait plusieurs déclarations beaucoup plus claires.  Je pense que la lutte contre la corruption est l'un des piliers de son programme. Nous allons éveiller les consciences des gens pour pousser à l'action. 

7SUR7.CD :  Son prédécesseur avait aussi tenu des propos forts contre la corruption. Impunité et tolérance zéro, les portes des prisons seront ouvertes, fin de la récréation, il a nommé même un conseiller spécial en matière de lutte contre la corruption ? 

Jusque-là nous sommes encore au niveau des discours. Nous voulons aujourd'hui, nous UNIS, qu'à terme arriver à la création d'une cellule d'anti-corruption qui va travailler de manière indépendante. Nous comptons continuer à faire pression et à sonner l'alarme en ce qui concerne les effets néfastes de la corruption. Nous osons croire que le gouvernement, pour une fois, c'est vrai que le gouvernement fait toujours les promesses, il y a toujours des faits d'annonce. Je pense que si les choses doivent changer un jour, ça commencera toujours par une promesse et ensuite nous allons finir par avoir des résultats. Nous voulons non pas accompagner des discours ni de bonnes intentions mais nous voulons accompagner la matérialisation de toutes ces bonnes promesses afin que le peuple congolais qui a tant souffert de ces effets pervers de la corruption puisse jouir de tout ce qu'il a comme matière première. Nous sommes prêts à construire dans ce sens. C'est seulement ainsi que nous batirons un Congo beaucoup plus fort que ce que nous avons vu jusqu'ici et ce, pour la durée. 

Propos recueillis par Merveil Molo