Jean-Jacques Lumumba reçoit un prix international pour sa lutte contre la corruption (CongoForum)

 
 
 
 

(Interview)

BRUXELLES / KIGALI – Jean-Jacques Lumumba a découvert en 2016 plusieurs documents qui dévoilent le système de kleptocratie en RDCongo. Actuellement réfugié en France, il continue à mener son combat panafricain contre la corruption et soutenir l’idée de la mise en place d’une institution indépendante de lutte contre la corruption et d’un parquet financier en RDC. Il vient de recevoir le prix international d’Anti-corruption ACE Awards 2019.

Jean-Jacques Lumumba est un économiste de formation, ancien cadre du secteur bancaire en République Démocratique du Congo et en France, cadre d’entreprise et ‘business consultant’ dans une multinationale américaine en France. Activiste, lanceur d’alerte et co-fondateur du réseau panafricain de lutte contre la corruption « UNIS » dont il assure actuellement la présidence. Le 9 décembre 2019 il a été primé pour son engagement dans la lutte contre la corruption en recevant le Prix International Anti Corruption ACE Awards 2019 lors de la quatrième édition organisée à Kigali (après Vienne, Génève et Kuala Lumpur).

Vous venez de recevoir ce prix international, quelle est votre réaction?

Jean-Jacques Lumumba: “C’est avec beaucoup de modestie que je reçois ce prix car c’est le fruit d’une lutte non seulement individuelle mais aussi collective. C’est ici l’occasion de remercier toutes les personnes qui m’ont soutenu de près ou de loin dans la dure épreuve que j’ai traversé depuis 2016. Je pense à ma famille, en particulier ma femme et mes enfants, mes parents, mes frères et soeurs, à mes avocats Me Henri Thulliez et Me William Bourdon, à PPLAAF (la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte africains), à mes amis avec qui nous avons mis en place UNIS (Franck Otete, au Dr Djamilah Ferdjani, au Professeur Adama Ba), aux mouvements citoyens africains et à leurs animateurs (Cheikh Fall, Floribert Anzuluni, Fred Bauma, Bienvenu Matumo) , à mes amis Cedric Mala et Héritier Mala”.

“Ce Prix d’excellence de lutte anti-corruption est décerné par le Centre pour la primauté du droit et la Lutte Anti-Corruption (ROLACC) et présenté avec le soutien du mandat anti-corruption de l’ONUDC (Office des Nations Unies contre le Crime et le Drogue) avec le sponsoring de l’émir du Qatar Cheick Tamim bin Hamad Al Thani . L’initiative, qui couvre quatre catégories, promeut l’importance de la lutte contre la corruption et encourage la mise en œuvre de la Convention des Nations Unies contre la corruption”.

“Le prix est conçu pour mettre en valeur les réalisations créatives et remarquables de projets anti-corruption à travers le monde, et pour reconnaître publiquement ces efforts exceptionnels. En définitive, il s’agit d’un outil pour honorer ceux qui ont fait preuve de dévouement dans la lutte contre la corruption et pour inspirer les autres à reproduire des efforts similaires”.

Le président du Rwanda, Paul Kagame, a remis ce prix dans vos mains ce qui a créé plusieurs polémiques sur les réseaux sociaux. Qu’ en dites-vous?

Lumumba: “Paul Kagame est le président de la République du Rwanda qui a accueilli la quatrième édition de ce prix après Vienne et Genève (en Europe) et Kuala Lumpur (en Asie)”.

“En ce qui concerne la polémique j’aimerais dire que je n’ai pas beaucoup prêté attention aux récupérateurs et manipulateurs d’opinions des réseaux sociaux mais je reste très attentif et à coté de mes frères et sœurs qui se sentent à juste titre blessés à chaque fois que le nom du Rwanda est cité compte tenu de notre histoire extrêmement douloureuse et ensanglantée. Je reste moi-même très attachée à la recherche de la vérité et de la justice sur les exactions qui se sont passées à l’est de mon pays depuis 1996 et qui continuent à endeuiller les familles d’où ma modeste contribution à la plaidoirie sur le ‘Mapping Report’ du docteur Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix 2018, lorsque j’ai accepté volontiers à sa demande de lire son discours à l’Assemblée Nationale Française alors qu’il venait de perdre sa mère bien que je devais aller à Kigali quelques jours plus tard pour recevoir ce prix”.

“Recevoir ce prix des mains de Paul Kagame comme hôte de la cérémonie (et de l’émir du Qatar et des représentants de l’UNODC) ne fait nullement de moi son adepte. Je suis allé au Rwanda pour recevoir mon Prix ACE Awards 2019 sur invitation de l’UNODC et du ROLACC”.

“Et si vous vous demandez pourquoi ne pas me faire représenter, je vous répondrai en toute humilité, que hormis la cérémonie de la remise du prix, beaucoup d’autres ateliers étaient organisés et mes modestes interventions étaient attendues par les organisateurs ainsi que des invités à ce forum comme le président de l’Union Africaine, l’Institut des Nations unies pour la formation et la recherche (UNITAR), plusieurs autres personnalités publiques ainsi que l’ancien président Moncef Marzouki avec qui nous avons pu échanger sur certaines questions d’actualité en général et sur son expérience à la tête de la Tunisie sur les dispositions constitutionnelles à implémenter pour rendre efficace la lutte contre la corruption”.

Il y a trois ans, vous avez contacté le journal belge Le Soir avec des preuves de transactions suspectes du frère du président Joseph Kabila. Quelle était votre idée en tête, l’accuser indirectement?

 

Lumumba: “Ma seule idée était d’aider mon pays et ensuite exposer à la face du monde les activités illicites de kleptocratie, de corruption et blanchiment des capitaux que j’ai commencé à dénoncer en interne au sein de la Banque et qui avaient porté préjudice à ma vie en me ramenant en exil”.

C’est suite à cet acte que le monde entier vous a connu ou bien déjà avant?

Lumumba: “Je dois dire merci à Colette Braeckman qui est la journaliste qui m’a revelé au monde et m’a permis de poursuivre cette lutte que nous continuons jusqu’à ce jour pour le bien de notre continent”.

Qui est derrière Jean-Jacques Lumumba? Et comment évolue la plateforme panafricaine de lutte contre la corruption que vous avez lancé?

Lumumba: “Derrière moi, il y a mon Dieu, l’Eternel des Armées que je connais depuis mon jeune âge, celui que ma mère m’a montré. Je suis chrétien et je crois au Christ que j’ai reçu comme Seigneur et Sauveur Personnel”.

“La plateforme panafricaine de lutte contre la corruption évolue très bien, nous avons profité de notre séjour africain à Kigali et Nairobi pour nouer des contacts. Des partenariats de collaboration ainsi que notre plan d’action 2020 seront très bientôt annoncés dans les médias et sur notre site internet”.

Aujourd’hui êtes-vous en contact avec Selemani, le frère de l’ex-président Kabila ou le clan Kabila? Et que dites-vous par rapport au régime de Joseph Kabila?

Lumumba: “Nous n’avons aucun contact. Le régime de monsieur Kabila a été d’une kleptocratie sans précèdent et d’une médiocrité indescriptible”.

Quelle est votre lecture par rapport à l’alternance entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila?

Lumumba: “Au vu de la situation actuelle et des élections générales qui à mon humble avis ont plus ressemblé à des nominations – les sanctions américaines pour lesquelles nous avons personnellement milité sur les principaux acteurs de cette élection fallacieuse en sont une belle illustration – je continue à me poser la question s’il y a lieu de parler d’une alternance politique ou d’une reconfiguration de l’échiquier politique congolais car nous avons à la tête du pays, un président apparemment rempli de bonnes intentions mais sans les moyens et ministères régaliens qui peuvent l’aider à impulser le vrai changement car détenus par monsieur Kabila dont nous connaissons tous la force de nuisance, les massacres à Beni où nos populations sont à l’abandon des forces armées des pays voisins le démontrent.

Jean-Jacques Lumumba, politicien ou futur candidat aux élections en RDC?

Lumumba: “Je le dis depuis le début, je ne mène pas ce combat pour une récompense politique et à ce jour mon travail et mon implication dans la société civile africaine me suffisent. D’aucuns m’annoncent dans des postes politiques en RDC et d’autres parlent de rapprochements politiques imaginaires, j’aimerais fixer l’opinion tant nationale qu’internationale que je prends à témoin, je ne suis ni demandeur ni preneur d’un quelconque poste politique pour l’instant”.

“Les combats pour des causes nobles au service de la communauté (lutte contre la corruption, contre les antivaleurs, défense des femmes, enfants et personnes vulnérables…) valent plus que des postes politiques”.

Si Patrice Emery Lumumba était en vie, quelle serait sa pensée par rapport à ce que vous êtes devenu ?

Lumumba: “C’est une question difficile à répondre d’autant plus que je ne me considère pas comme l’héritier de Lumumba, même si nous partageons les mêmes origines de part ma mère qui est sa nièce”.

“Comme tout parent, je pense qu’il serait content de voir que la génération actuelle tente de pérenniser ses idéaux car ce serait très prétentieux de ma part de vouloir attirer toute la gloire sur ma modeste personne. Des héros comme Luc Nkulula, Thérèse Kapangala, Rossy Mukendi, Floribert Chebeya et tants d’autres martyrs à qui je dédie cette lutte noble sont les vrais porteurs et à des échelons plus élevés de la symbolique du combat de Patrice Emery Lumumba”.

© CongoForum – Glodie Mungaba, 21.12.19

Images: Jean-Jacques Lumumba
Sources: Twitter, Elien Spillebeen, J-J Lumumba

https://unisnetwork.org/

 
 
 
Bruxelles, naissance de « UNIS » qui ambitionne éradiquer la corruption en Afrique

Les africains sont-ils condamnés à végéter dans la misère sur leur propre continent ? Les richesses de l'Afrique produites en Afrique sont-elles utilisées à bon escient pour le bonheur de tous ou y a-t-il une grande déperdition ?

La naissance à Bruxelles du mouvement « UNIS » est un signe qu'il y a un grand problème en Afrique en matière de développement et de bonne gouvernance.

Le jeudi 30 mai à Bruxelles a été lancée une structure dénommée « UNIS » qui est une plate-forme internationale et panafricaine de sensibilisation pour la lutte contre la corruption dans les pays en voie de développement.

Pour les initiateurs :

Leur plate-forme « veut mettre à contribution son interface pour devenir une plaque tournante majeure dans la lutte contre la corruption. »

à très court terme, UNIS voudrait « ouvrir un large réseau pour faire collaborer les ressources actuellement disponibles d’une manière innovante, cohérente et efficiente, dans la bonne gouvernance et l’application de bonnes pratiques au sein de la société dans des domaines variés. »

Lors de leur première sortie au Press Club Brussels Europe, les responsables de cette nouvelle plate-forme ont véritablement affiché leurs ambitions : lutter véritablement contre la corruption sur le continent africain, pousser les dirigeants à une véritable gouvernance.

Parmi les têtes d'affiches, on peut noter des noms qui ont milité depuis quelques années sous le label d'autres mouvement : Docteur Franck Otete, Secrétaire Général du Mouvement et Jean-Jacques Lumumba qui en assurera la présidence.

 

Bruxelles, le 31 mai 2019

Cheik FITA

Cheikfitanews.net

Nous pouvons arrêter ceci

Le 30 mai 2019, à Bruxelles, une nouvelle plate-forme de lutte contre la corruption voyait le jour. Selon les initiateurs de ce projet, il était temps pour l’Afrique de mettre en œuvre des mesures bien pensées, plus adaptées et, de ce fait, efficaces pour soutenir la bonne gouvernance dans le contexte africain.

 

De cette manière, UNIS compte, non pas supplanter les organisations qui œuvrent dans ce domaine, mais plutôt apporter par son action, un peu plus de synergie.

Pour y arriver, la structure s’est constituée d’une part comme centre de réflexion (Think tank) pour mieux analyser la question ; et d’autre part comme structure d’éducation, de communication et de plaidoyer sur les spécificités de la corruption en Afrique.

En apportant sur la table une réflexion spécifique en termes de fondements social et de mécanismes de la corruption en Afrique, UNIS pense ainsi utilement s’articuler sur une chaîne de valeurs qui apporte plus d’analyse et de méthodes pour une meilleure efficacité globale aussi bien des enquêtes que des actions engagées dans le cadre de la lutte contre la corruption.