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Dernière mise à jour le 10/07/2019

Jean-Jacques Lumumba, banquier congolais exilé et dénonciateur du système Kabila

Publié le : 29 mai, 2019 à 23 h 23 min

En s’opposant à des manipulations bancaires, ce descendant du premier ministre assassiné, Patrice Lumumba, s’était attiré les foudres du pouvoir à Kinshasa.

En ce mois de décembre, le train de banlieue fend le brouillard et stoppe dans une gare sans âme de la banlieue d’une grande ville du cœur de l’Europe. Température négative, ciel bas et lourd, une ambiance grise d’où émerge une silhouette élancée qui requiert de ne pas citer le lieu où nous le rencontrons. C’est la prudence d’un banquier contraint, en juin, de fuir son pays, la République démocratique du Congo, après avoir refusé de couvrir ce qu’il dénonce comme des malversations financières dans l’entourage du président Joseph Kabila.

Quelques semaines auparavant, il avait en effet découvert d’étranges opérations bancaires au sein de la filiale congolaise de la BGFI. Jean-Jacques Lumumba avait intégré cet établissement en 2012, avec enthousiasme. La réputation de la banque, son implantation internationale et son réseau semblaient alors des gages de sérieux. En 2016, à peine trentenaire, il avait été promu directeur des engagements avec un confortable salaire à la clé. Son parcours suit l’évolution de l’établissement. En quelques années, la BGFI s’est fait une place dans la jungle bancaire congolaise, pointant dans le top 6 des établissements locaux. Au Congo, son directeur n’est autre que Francis Selemani Mtwale, un intime de Joseph Kabila dont la rumeur assure qu’il est son frère adoptif. Gloria Mteyu, la sœur cadette du chef de l’Etat, créatrice de mode et femmes d’affaires, porte 40 % des parts de la BGFI RDC.

Une ascendance prestigieuse

Jean-Jacques Lumumba n’est pas, non plus, un Congolais comme les autres. La légère dépigmentation qui barre le côté droit de son visage, blanchit son bouc et ses cils, donne au trentenaire d’un bon mètre quatre-vingt-dix, un aspect mystique. Mais c’est son patronyme qui le distingue. Patrice Lumumba, icône africaine de la décolonisation, premier premier ministre du Zaïre indépendant, assassiné en 1961, était son grand-oncle maternel. « Sa famille m’a élevé, entre Limete et Matonge, sourit Jean-Jacques Lumumba. Et du côté de mon père, nous avons des liens avec Simon Kimbangu [fondateur et prophète de la religion Kimbanguiste, une église chrétienne congolaise née au début du XXe siècle], je suis son arrière-petit-neveu ».

Un double patronage qui a guidé une enfance kinoise marquée par les descentes de police, le harcèlement des militaires de Mobutu Sese Seko, et le pillage des maisons familiales par des miliciens de Laurent-Désiré Kabila, craignant l’aura qui entoure encore le nom de Lumumba. Malgré cela, l’exil n’avait jamais fait partie de l’horizon de l’ancien élève de l’institut Jésuite Boboto, au cœur du quartier de la Gombe.

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